« Un binage vaut deux arrosages » : dans le Jura, la riposte à la sécheresse

Paul Savoyard

Un binage vaut deux arrosages

À Nevy-sur-Seille, une grappe de Pinot Noir présente une grillure complète. Après deux semaines sans une goutte de pluie, les fruits et les feuilles sèchent sous l’effet cumulé de la sécheresse et des fortes températures.

De Pupillin à Arbois, d’Arlay à Nevy-sur-Seille, les regards restent levés vers le ciel. La pluie pourrait sortir la vigne du stress hydrique et relancer l’alimentation des raisins. Chaque intervention compte, même lorsqu’elle paraît modeste.

Le Pinot Noir paie vite les fortes températures à Nevy-sur-Seille

Guillaume Tissot observe les dégâts sur ce cépage présenté comme l’un des plus thermosensibles du vignoble français. Une grappe brûlée altère le fruit, qui ne peut plus poursuivre son évolution dans de bonnes conditions.

La pluie est attendue pour une raison très concrète. Elle permettrait à la plante de reprendre son alimentation, là où la sécheresse bloque peu à peu son fonctionnement. Les feuilles et les grappes racontent la même fatigue.

À Arlay, l’argile garde les feuilles sous protection

Bruno Bienaimé applique de l’argile calcinée sur les feuilles d’une parcelle d’Arlay. Le geste vise à les préserver pendant les hautes températures, sans alourdir le travail de la plante.

Il a aussi choisi de ne pas rogner ni écimer. Retirer du feuillage dans cette période ajouterait un stress à une vigne déjà sous pression. Quand le thermomètre grimpe, garder de l’ombre sur les raisins devient une réponse directe.

Dans la même parcelle, le vigneron a planté cette année de l’Assyrtiko, cépage blanc grec originaire de Santorin. Il évoque des rendements de 30 hectolitres à l’hectare. Ce choix ouvre une piste face à des étés plus durs, sans régler la sécheresse à lui seul.

Les cinq cépages d’Arbois face à une dizaine d’essais

L’AOC Arbois célèbre ses 90 ans en conservant cinq cépages parmi la cinquantaine de variétés locales. Chardonnay et Savagnin composent le versant blanc ; Poulsard, Trousseau et Pinot Noir tiennent la place des rouges.

Ce cadre explique la prudence des essais. Une dizaine de cépages plus résistants à la sécheresse et à la chaleur sont testés chez des vignerons volontaires. Les raisins jurassiens gardent une place dans des assemblages qui supportent mieux la chaleur.

Sept rangs d’Aligoté, puis des assemblages limités à 10 %

Jean-Michel Petit a planté, il y a deux ans, 7 rangs d’Aligoté. Il prévoit de les récolter l’année prochaine, après bientôt 37 vendanges à son actif.

Il envisage des assemblages contenant 10 % de cépages plus résistants. La mesure limitée cherche à conserver le goût des vins du secteur tout en donnant un peu d’air aux parcelles les plus exposées. Cette nuance compte davantage qu’une promesse de solution miracle.

La chaleur déplace aussi le rythme du travail. Les salariés œuvrent de 6 h à 12 h, car il devient presque intenable de continuer à partir de 10 h. La vigne s’adapte par les cépages et les gestes, mais les personnes qui la cultivent doivent adapter leurs journées elles aussi.

Cinq litres d’eau pour les jeunes plants, zéro traitement contre le mildiou

La sécheresse entraîne l’absence de mildiou et donc de traitement. Ce répit sanitaire ne compense pas le manque d’eau, surtout pour les plants les plus jeunes.

Jean-Michel Petit a donné 5 litres d’eau à chacun de ses jeunes plants de l’année. Ce volume montre l’attention portée à des vignes encore fragiles. Il distingue une parcelle installée d’un plant qui doit d’abord prendre racine.

Dans le Jura, la riposte passe par l’ombre conservée, l’argile, quelques rangs d’essai et l’eau donnée aux jeunes vignes. Le verre dira plus tard si ces gestes ont sauvé la fraîcheur recherchée.