Depuis 2022, les vignerons de La Londe défendent leur dossier auprès de l’INAO pour obtenir la mention « cru ». La demande prend forme alors que la cartographie de l’aire a été validée en 2026. Leur objectif porte sur les vins issus de la production de 2027.
Le sujet mérite l’attention parce que cette zone possède déjà une identité lisible dans le verre : des vins frais, amples, marqués par une sensation de salinité. L’enjeu tient au lieu, aux roches et au travail collectif engagé autour de cette reconnaissance.
Pourquoi parler de « cru » alors que la mention n’existe pas encore ?
Les Côtes de Provence, La Londe ne sont pas encore un « cru » réglementaire. Les vignerons ont engagé une démarche officielle afin d’obtenir cette mention dans le cadre prévu par le comité national de l’INAO.
Deux réalités se distinguent. La dénomination géographique complémentaire La Londe est reconnue depuis 2008 pour les rouges et les rosés, puis depuis 2016 pour les blancs. La mention « cru » constituerait une étape supplémentaire dans la reconnaissance du territoire.
Le dossier repose sur une réputation locale et sur des critères précis. L’INAO examine la qualité du produit, la notoriété de la zone et le nombre d’opérateurs concernés. Les vignerons indiquent avoir satisfait aux critères de qualité depuis 2022.
Trois couleurs, une même aire entre reliefs et Méditerranée
La dénomination couvre un secteur situé au sud-ouest du massif des Maures, entre les reliefs et la mer. L’aire comprend La Londe-les-Maures, Hyères, Porquerolles et Bormes-les-Mimosas.
La zone possède une particularité réglementaire forte : elle est la seule dénomination géographique complémentaire des Côtes de Provence reconnue sur les trois couleurs. On y trouve donc des rouges, des rosés et des blancs rattachés au même ensemble géographique.
Cette diversité donne du poids à la démarche. Le projet fait reconnaître une cohérence qui traverse plusieurs couleurs et ne limite pas le secteur à un seul style de vin.
Schistes, micaschistes et salinité : que retrouve-t-on dans le verre ?
Le vignoble repose principalement sur des schistes et des micaschistes. Les roches de schiste sont très filtrantes, tandis que l’influence méditerranéenne accompagne la maturation des raisins.
Dans les vins, cette combinaison est associée à de la fraîcheur, de l’ampleur et une sensation de salinité. Ici, la salinité décrit une impression en bouche, une ligne qui donne du relief au vin, et non un goût de pierre pris au pied de la lettre.
La fraîcheur évite aussi que l’ampleur ne devienne pesante. Les blancs peuvent ainsi trouver leur place dans une lecture plus large des Côtes de Provence, tandis que les rouges et les rosés bénéficient d’une identité géographique déjà reconnue.
La salinité suffit-elle à définir un cru ?
Non. Elle donne un repère de dégustation, mais la demande doit répondre à d’autres critères. La qualité des vins, leur notoriété et le nombre d’opérateurs font partie de l’examen prévu par l’INAO.
Le mot « cru » devra relier un produit, une aire et une histoire collective suffisamment lisibles pour être encadrés par le cahier des charges. Une sensation ne suffira pas à le consacrer.
Trente domaines et une coopérative portent le dossier
Le projet réunit trente domaines et une coopérative. Ce rassemblement donne une dimension collective à une démarche qui pourrait facilement rester limitée à quelques propriétés.
Une reconnaissance réglementaire concerne une aire et ses opérateurs, pas une seule bouteille. Le futur cru devra donc trouver une expression partagée entre des producteurs différents.
La cartographie de l’aire a été validée en 2026. Cette étape fixe le périmètre du projet et permet aux vignerons de poursuivre la procédure sur une base géographique définie.
La demande intervient aussi dans un contexte où la mention « Cru Sainte-Victoire » a été ajoutée au cahier des charges des Côtes de Provence en 2025. Cette évolution montre que la hiérarchie interne de l’appellation continue de se préciser.
Que changerait la mention pour les vins de 2027 ?
Les vignerons espèrent bénéficier de la mention pour leur production de 2027. Tant que la procédure n’est pas achevée, il faut donc parler d’un projet de cru et non d’un cru déjà reconnu.
La différence est concrète au moment de lire une étiquette. La dénomination géographique complémentaire existe déjà, avec une reconnaissance étendue aux trois couleurs. La mention « cru » dépend encore de l’instruction menée selon le processus défini par l’INAO.
Le dossier porte une ambition claire : faire comprendre que ces vins se définissent par leur aire autant que par leur couleur. Leur identité repose sur une aire située entre mer et reliefs, sur des schistes filtrants et sur des profils décrits comme frais, amples et salins.
Château Galoupet est un Cru Classé de Provence, avec un terroir classé en 1955. Cette référence appartient à une autre catégorie de reconnaissance, mais elle rappelle que le vocabulaire des crus possède déjà une histoire dans la région.
Le futur cru devra maintenant transformer une identité de lieu en cadre reconnu. Les schistes, la mer et la fraîcheur donnent une direction ; la procédure dira si cette direction peut devenir une mention réglementaire. En 2027, les bouteilles porteront peut-être cette étape nouvelle, mais le vin devra toujours parler avant l’étiquette.






