De vignes anciennes aux cuvées légères : Plaimont réveille les cépages gascons

Paul Savoyard

De vignes anciennes aux cuvées légères

Plaimont produit près de 98 % de l’AOC saint-mont. Pour un village de moins de 300 habitants, le poids est considérable. Le groupe coopératif a fait de Saint-Mont un point d’ancrage pour des familles de vignerons et pour des cépages que l’on croyait réservés aux vieux rangs.

Son ambition ne se limite pas à remplir des bouteilles. Elle consiste à garder des variétés gasconnes dans le paysage, puis à leur donner une place lisible dans des cuvées d’aujourd’hui.

À Saint-Mont, 800 familles font vivre une même cave

Installé dans le Gers, à mi-chemin entre Toulouse et Biarritz, Plaimont rassemble aujourd’hui 800 familles adhérentes. Cette force collective vient d’une histoire commencée à la fin des années 1970, lors de la fusion de trois caves coopératives.

Une coopérative peut vite produire des vins sans visage quand elle s’éloigne de ses vignes. Ici, la taille du collectif sert au contraire à maintenir un lien entre les parcelles, les cépages et les bouteilles proposées au public.

Le site principal réunit une cave, un chai, une zone de conditionnement et une boutique. Vous y trouvez aussi des animations autour du vignoble, ainsi qu’un atelier des cépages tourné vers la recherche et développement.

Pourquoi un conservatoire de cépages pèse plus qu’une collection

Plaimont dispose d’un laboratoire de recherche ampélographique et a bâti son propre conservatoire. Ces deux outils permettent de regarder les cépages de près, de les préserver et de travailler leur retour dans les vignes.

Le geste compte pour le vin comme pour la mémoire locale. Une variété maintenue dans un conservatoire reste disponible ; une variété replantée peut reprendre une place dans les cuvées.

Le groupe a ainsi fait renaître le manseng noir et le tardif. Vous pouvez y lire une ligne claire : les cépages anciens ne sont pas un décor de caveau, ils deviennent une matière de travail.

Le tardif est entré dans l’appellation Saint-Mont en 2025

Depuis le début de 2025, le tardif figure parmi les cépages accessoires de l’appellation Saint-Mont. Cette inscription donne un cadre à son usage dans les vins de l’aire concernée.

Elle ne garantit pas à elle seule le style d’une bouteille. Mais elle ouvre une porte concrète aux producteurs qui veulent faire vivre ce cépage dans l’appellation, au lieu de le cantonner au conservatoire.

À Saint-Mont, une vigne préphylloxérique inscrite au titre des Monuments Historiques rappelle aussi que l’histoire viticole se tient parfois dans quelques rangs. Vous ne regardez plus ces vieilles vignes comme un simple patrimoine : elles éclairent le travail mené sur les variétés locales.

Des rouges aux blancs, les cuvées dépassent le seul saint-mont

La maison produit aussi des cuvées de Madiran, de Pacherenc du Vic-Bilh et de Côtes de Gascogne. En 2024, les premiers jurançons secs se sont ajoutés à cet ensemble.

Cette présence sur plusieurs appellations élargit le terrain de jeu. Elle permet de passer de vins rouges à des blancs, puis de chercher des expressions plus légères sans effacer l’attache gasconne.

Vous aurez donc intérêt à lire l’appellation avant de choisir une bouteille. Le nom de la coopérative donne un repère, mais Madiran, Pacherenc du Vic-Bilh, Côtes de Gascogne et Jurançon sec n’annoncent pas le même usage à table.

Le choix des deux couleurs

Les blancs occupent une place large dans l’ensemble du vignoble travaillé par la coopérative.

Ils donnent aussi du relief au titre de locomotive souvent associé à Plaimont. Le groupe porte un volume important, mais il garde plusieurs voies ouvertes entre vins rouges, blancs et cépages remis sur pied.

Le directeur général, Olivier Bourdet-Pees, pilote cet ensemble depuis Saint-Mont. Pour le lecteur, la conséquence est simple : derrière une bouteille, il y a un collectif vaste, mais aussi un travail organisé autour de la vigne, du chai et de la recherche.

Le monastère prolonge la bouteille jusqu’au séjour

Plaimont a acquis le monastère de Saint-Mont, devenu un établissement hôtelier. Cette installation prolonge l’activité du chai vers l’accueil et le temps passé sur place.

Le vin gagne à être replacé dans son village et dans ses coteaux, plutôt qu’isolé sur une étagère. Vous pouvez alors mieux comprendre pourquoi le groupe investit à la fois dans les cuvées, le conservatoire et l’accueil œnotouristique.

Cette trajectoire garde une cohérence : protéger les ceps anciens, accompagner les adhérents et proposer des bouteilles issues de plusieurs appellations. À table, le plus juste reste de servir avec mesure, de prendre le temps du repas et de laisser le vin raconter son origine.