« À 50, on est mort. » Dans l’entretien du 21 juillet 2026, Antoine Veiry pose une limite nette à Montus : le tannat ne peut pas se réduire à une course au rendement. Il cherche des vins frais, précis, et refuse l’idée de les rendre faciles à tout prix.
Le beau-fils d’Alain Brumont a pris les rênes des domaines Montus et Bouscassé, ainsi que de leurs marques, à ses côtés. Son cap reste ambitieux : faire compter ces bouteilles dans le vignoble français entier, pas dans le seul Sud-Ouest.
Pourquoi le tannat refuse les rendements sans limite
Veiry met face à face 60 hl/ha et 90 hl/ha, quand l’irrigation et l’azote minéral entrent dans l’équation. Il ne condamne pas tout rendement élevé : il juge même possible de faire de très bons vins à 70-80 hl/ha.
Mais le seuil de 50 hl/ha, pour lui, ferme la porte. Cette phrase parle d’économie autant que de vigne : une bouteille doit garder un prix et une place sur le marché, sans abandonner ce qui fait son relief.
Vous ne trouverez donc pas ici un discours qui oppose mécaniquement quantité et qualité. La question porte sur l’équilibre : assez de raisin pour vivre, mais une maturité qui conserve de la fraîcheur et une expression lisible.
Parcelle par parcelle, la vigne impose son propre rythme
Le vignoble a été restructuré après des dégustations par parcelle. C’est une méthode exigeante, car elle oblige à regarder le vin avant de décider comment conduire chaque secteur.
Argiles, cailloux, calcaires, vigueur et souffrance de la vigne : chaque élément est suivi à l’échelle de la parcelle. Vous comprenez alors pourquoi un schéma de vinification unique n’aurait guère de sens.
Cette précision évite les recettes automatiques. Un sol, une plante et un jus ne demandent pas forcément le même geste, même lorsque le cépage reste le même.
Dans les chais, 30 % de bois neuf au lieu de plus de 80 %
La baisse est franche : la base de bois neuf est aujourd’hui de 30 %, contre plus de 80 % il y a 15 ans. Le bois reste présent, mais il ne doit plus prendre toute la place dans le verre.
Une barrique de qualité coûte environ 1000 €. Elles ne sont pas gardées au-delà de 2-3 ans, puis les grands formats les remplacent progressivement.
Ce choix donne une direction claire. Vous cherchez la marque du tannat, ses baies noires, son côté mentholé puis sa pointe poivrée, pas un parfum de fût qui efface le raisin.
Le grand format aide aussi à penser le temps autrement. L’élevage accompagne le jus ; il ne doit pas devenir son sujet principal.
Les levures indigènes ne sont pas une religion
La même prudence vaut pour les fermentations. Veiry ne croit pas au « tout, en levures indigènes » et préfère observer chaque jour les pieds de cuve pour préserver une bonne hygiène microbiologique.
Le propos est moins spectaculaire qu’un slogan de cave, mais beaucoup plus utile. Vous ne buvez pas une doctrine : vous buvez un vin dont la fermentation a été suivie au plus près.
Cette attention rejoint le travail parcellaire. Dans les deux cas, le domaine refuse de plaquer une solution identique sur des situations qui ne le sont pas.
Un tiers de négoce, deux tiers de raisins achetés pour les assemblages
L’activité comprend un tiers de négoce ; les deux autres tiers sont achetés en raisin pour les assemblages. Ce modèle donne une marge de travail, mais impose aussi une grande précision dans le choix des matières.
Pour Veiry, la singularité vient des cépages, du climat et de la gastronomie régionale. Vous pouvez y voir une ligne de table : un vin doit tenir face à un plat, garder son élan et ne pas s’éteindre après la première bouchée.
Il évoque aussi un écart de taux horaires, de 2 euros pour les vins du Nouveau Monde à 20 dans son contexte. La comparaison rappelle que la fraîcheur et le travail attentif ont un coût, et qu’ils ne se décrètent pas sur une étiquette.
Une ambition encore réalisée à 30-40 %
Veiry estime que l’ambition d’Alain Brumont n’est accomplie qu’à 30-40 %. Ce chiffre n’annonce pas une arrivée : il dessine un chantier, entre précision des parcelles, élevage moins démonstratif et recherche de fraîcheur.
À table, servez ces vins sans chercher à les dompter par une température trop élevée. Leur intérêt se joue dans cette tension tenue : le fruit noir, le menthol, le poivre, puis une finale qui appelle le plat autant que la conversation. À déguster avec mesure, bien sûr.






