Le 23 juillet 2026, les premiers muscats petits grains sont entrés en vendange au Domaine Lafage, à Perpignan. Pour ce cépage précoce, la date reste saisissante : Jean-Marc Lafage y voit une situation jamais vécue auparavant.
Cette avance modifie le calendrier. Elle oblige à cueillir avec précision pour garder dans le raisin ce que le domaine recherche dans le verre : de la fraîcheur, de l’acidité et un profil citronné.
Le 23 juillet, une vendange qui bouscule le rythme habituel
Le domaine, installé chemin de Canet-en-Roussillon, a lancé la récolte avec les muscats petits grains. Ce cépage emblématique des Pyrénées-Orientales mûrit naturellement tôt, mais la maturité affichait environ quinze jours d’avance sur l’année 2025.
Depuis avril, la vigne avait gardé cette avance sur son cycle habituel. Un printemps chaud puis un été chaud ont accéléré le démarrage de la végétation. La date de cueillette devient alors un choix de cave autant qu’un geste dans la vigne.
« On arrive à ce jour à vendanger un 23 juillet, ce qu’on n’a jamais vécu auparavant », déclarait Jean-Marc Lafage, propriétaire et œnologue. La formule porte une inquiétude discrète : il faut récolter au moment juste.
L’eau de l’hiver et du printemps a changé le départ de saison
Après plusieurs années marquées par le manque d’eau, l’hiver et le printemps précédant cette récolte ont été beaucoup plus arrosés. Le propriétaire évoquait même « énormément d’eau ».
Cette eau ne compense pas la chaleur qui a suivi. Elle aide toutefois à comprendre pourquoi la végétation a pu démarrer tôt, puis conserver son avance. Ce millésime ne se lit pas à travers la seule date du 23 juillet : le contraste entre les saisons compte tout autant.
Le raisin arrive donc tôt à maturité. Une maturité rapide pose une question : comment préserver la vivacité du fruit sans laisser les arômes filer vers un registre trop mûr ?
24 vendangeurs pour cueillir le muscat au bon moment
La réponse se joue dans l’organisation. 24 vendangeurs, dont 5 porteurs, étaient mobilisés pour les premières grappes, avec l’appui de salariés du marketing, de la comptabilité et de la vente.
Ce renfort montre que la fenêtre de récolte se négocie difficilement. Quand le raisin atteint sa maturité, chaque journée pèse sur le style des futurs jus. Pour un blanc frais, la décision se prend d’abord ici, bien avant le service.
Éliane Salinas Lafage, associée du domaine, résumait le travail ainsi : les raisins sont récoltés « au bon moment » lorsque la maturité est atteinte. Attendre trop longtemps ferait perdre de l’acidité, des arômes et de la fraîcheur.
La pêche et l’abricot, mais une finale attendue sur la fraîcheur
Les premiers jus offrent, selon l’associée, « une très belle intensité » et « une très jolie fraîcheur ». Dans le muscat, les arômes cités vont vers la pêche, l’abricot et une « espèce de salade de fruits ».
Le défi consiste à faire entendre ce fruit sans fabriquer un vin lourd. La fraîcheur donne de l’allonge aux arômes et évite qu’ils restent collés au sucre ou à la chaleur. Il faut donc regarder l’équilibre du vin, pas seulement son parfum.
L’œnologue annonce un vin frais, peu alcoolique, doté d’une belle acidité naturelle et d’un côté citronné. Avec un muscat récolté aussi tôt, cette ligne paraît plus juste qu’une recherche de richesse à tout prix.
Deux mois de récolte restent encore à écrire
Les premières caisses ne suffisent pas à juger tout le millésime. Deux mois de vendanges restaient alors devant le domaine, et le résultat dépendait aussi du temps à venir.
Cette réserve mérite d’être gardée. Les premiers jus donnent une direction, mais le vignoble ne se résume pas à ses premiers muscats ni à une date spectaculaire. Une récolte très précoce s’accompagne de la volonté de conserver de la fraîcheur jusqu’au vin.
Le 23 juillet 2026 restera comme une date frappante sur le chemin de Canet-en-Roussillon. Mais le verre attend un fruit de pêche et d’abricot tenu par l’acidité, assez vif pour rester agréable à table, dégusté avec mesure.






