Baies minuscules et feuilles brûlées : ce que la canicule change dans les vignes

Paul Savoyard

Baies minuscules et feuilles brûlées

À Saint-Hippolyte, les plus petites baies relevées dans une parcelle pèsent 0,60 gramme. Les plus grosses atteignent 1,65 gramme. Entre les deux, la canicule a brûlé des feuilles et freiné la croissance du raisin.

Le vignoble de Pierre Vircoulon montre concrètement cette chaleur : des grappes moins développées, des raisins qui n’avancent plus tous au même rythme et une récolte annoncée en avance dans le Bordelais. La vigne souffre avant les vendanges ; elle porte déjà les traces de l’été sur la parcelle.

Des grappes qui n’atteignent plus leur taille habituelle

« Les grappes font normalement le double voire le triple », déclare le vigneron. Le raisin est là, mais sa croissance a été perturbée par les fortes chaleurs.

Il prévoit une perte de 20% sur son exploitation. Une grappe plus petite réduit ce qui pourra être récolté, puis travaillé au chai.

Cette situation arrive après une sécheresse déjà subie l’année dernière. Une nouvelle période de chaleur pèse autant : des feuilles abîmées et une croissance contrariée.

Les feuilles du haut servent encore de protection

Damien Houx, œnologue, passe régulièrement sur les exploitations. Il conseille d’éviter le rognage, car cette intervention apporte « un peu de stress à la vigne ».

Il recommande aussi de conserver les feuilles du haut le plus longtemps possible. Elles restent liées au fonctionnement de la plante, alors que les températures ont déjà brûlé une partie du feuillage.

Le rognage peut sembler un geste ordinaire dans une vigne, mais le moment compte. Quand les raisins sont déjà fragilisés par la chaleur, il ne faut pas ajouter une contrainte de plus à la plante.

Pourquoi des baies inégales compliquent la vendange

Sur une même parcelle, l’œnologue observe des différences de maturité. Certains raisins seront mûrs plus tôt, tandis que d’autres le seront plus tard.

La différence se voit aussi dans le jus. Certaines baies en contiennent beaucoup, d’autres moins, et cette hétérogénéité complique la lecture de la récolte.

Une vendange précoce ne règle donc pas tout. Il faut regarder l’état réel des raisins.

Des raisins plus petits donnent-ils forcément un vin plus dur ?

Selon Damien Houx, les petites baies font souvent des tanins plus durs et des vins plus rustiques. Le mot « souvent » compte : le poids d’une baie ne suffit pas, à lui seul, à résumer le vin qui sortira de la cuve.

Mais la tendance mérite d’être suivie. Quand les baies sont très petites et moins juteuses, leur rapport avec les parties solides du raisin change, ce qui peut durcir la sensation en bouche.

Pour le vigneron, le défi est de récolter tôt, de composer avec des raisins de tailles différentes et une maturité qui se décale au sein d’une même parcelle.

Dans le Bordelais, la chaleur avance déjà le calendrier

En Gironde, les raisins sont plus petits et les vendanges s’annoncent très précoces dans le Bordelais. Cette avance accompagne des feuilles brûlées, des grappes réduites et des écarts de maturité.

La chaleur impose une récolte plus attentive. Le calendrier seul ne peut pas décider à la place des baies, de leur jus et de leur état sur pied.

La vigne garde une part de réserve, mais elle ne masque rien. À Saint-Hippolyte, les baies de 0,60 gramme, les grappes restées loin de leur taille habituelle et la perte prévue racontent une même saison : celle où la chaleur oblige à surveiller chaque parcelle avant de couper le premier raisin.