Le samedi 4 juillet, le centre historique de Chambéry s’est transformé en caveau géant. Une trentaine de vins de Savoie AOP étaient à déguster dans la rue, entre 18 h et 21 h, sans débourser un centime. Le rendez-vous s’appelle Chambéry by Wine, et il en était à sa huitième édition cette année.
Huit ans, c’est le signe qu’une bonne idée ne s’use pas : elle devient une habitude.
Le principe tient en une ligne. On déambule dans les ruelles, on s’arrête devant un stand, on tend son verre, on écoute le vigneron ou la vigneronne raconter sa cuvée. Puis on repart vers la place d’à côté.
Pas de billetterie, pas de parcours imposé, pas de jargon obligatoire.
Trente vins, trois heures, zéro euro : la recette d’un samedi soir qui marche
Sur le papier, le format a tout pour séduire un curieux qui n’ose pas pousser la porte d’un domaine. Une trentaine de vins du vignoble alpin, proposés sur un parcours de dégustation en plein air, dans un créneau court et bien placé. De 18 h à 21 h, c’est l’heure exacte où l’on a envie d’un verre et pas encore décidé de sa soirée.
La gratuité change tout dans la posture du public. Quand on n’a rien payé, on ose demander ce que c’est qu’une Jacquère. On avoue qu’on ne connaît pas la Mondeuse, on goûte un Chignin-Bergeron sans se sentir jugé.
C’est exactement le public que le vignoble savoyard doit conquérir : celui qui connaît la fondue, mais pas encore ce qu’on met dans le verre à côté.
Et l’ambiance fait le reste. Des fanfares et des concerts en plein air accompagnaient la dégustation, ce qui déplace l’événement du salon œnologique vers la fête de quartier. On vient pour le vin, on reste pour la musique, on repart avec un nom de cru en tête.
De la rue Derrière les murs à la place Saint-Léger : un centre-ville devenu caveau
Le choix des lieux n’est pas anodin. Le parcours s’articulait autour de la rue Derrière les murs, de la place Saint-Léger, de la place de l’Hôtel de Ville et de la place Métropole. Autrement dit, le cœur piéton de la vieille ville, là où passent naturellement les Chambériens un samedi soir d’été.
C’est une stratégie que je trouve plus maligne que bien des salons sous chapiteau. Au lieu d’attendre que le public se déplace jusqu’au vin, on amène le vin là où le public se trouve déjà. Le flâneur devient dégustateur sans l’avoir décidé, et c’est souvent comme ça qu’on gagne un amateur pour dix ans.
Le décor y gagne aussi. Goûter un blanc de Savoie face aux façades anciennes du centre historique, à la fraîcheur du soir qui tombe sur les pavés. Ce n’est pas la même expérience qu’un stand sous néons.
Le terroir alpin se raconte mieux au pied des montagnes que dans une allée de parc des expositions.
Gratuit ne veut pas dire anecdotique : ce que ce format change pour le vignoble
On pourrait croire qu’une dégustation offerte dévalorise le produit. C’est l’inverse qui se joue ici. Le vignoble savoyard souffre encore d’une image réductrice : le vin de la raclette, le blanc de vacances qu’on oublie sitôt rentré de ski.
Mettre une trentaine de cuvées AOP dans les verres des passants, c’est démontrer par le goût que cette image est fausse.
Car l’appellation Vin de Savoie couvre une palette que peu de régions françaises peuvent aligner. Des Jacquères vives et caillouteuses d’Apremont ou des Abymes, des Roussettes amples et florales, des Bergerons généreux de Chignin-Bergeron, des Mondeuses poivrées d’Arbin qui tiennent la garde. Sur un seul parcours urbain, le curieux peut passer d’un blanc tendu à un rouge structuré en cinquante mètres de marche.
Aucun caviste ne lui offrirait ça un samedi soir.
Quels vins peut-on espérer y goûter ?
L’événement est consacré aux vins de Savoie AOP, ce qui laisse un large éventail entre les mains des vignerons présents. Attendez-vous en priorité aux cépages emblématiques du vignoble : Jacquère et Altesse en blanc, Mondeuse et Gamay en rouge. Selon les stands, des crus plus confidentiels méritent aussi le détour.
Le bon réflexe : commencez par les blancs frais, finissez par les rouges, et n’hésitez pas à recracher, c’est la règle du métier, personne ne vous en voudra.
Vous avez raté l’édition de juillet ? Voici comment préparer la prochaine
L’édition 2026 s’est tenue le 4 juillet, et le rendez-vous a maintenant prouvé sa régularité : huit éditions, c’est un événement installé dans le calendrier estival de la ville. Si le concept vous tente, surveillez la page touristique de Chambéry au printemps prochain. C’est là que les informations pratiques sont publiées, avec les horaires et le plan du parcours.
Quelques habitudes de vieux dégustateur pour le jour J. Arrivez tôt, vers 18 h, quand les stands sont calmes et les vignerons disponibles pour parler : c’est à cette heure qu’on apprend le plus. Prévoyez de l’eau entre deux verres, mangez avant ou pendant.
Et gardez en tête qu’une trentaine de vins, ça ne se boit pas, ça se goûte, ça se compare, et ��a se recrache le plus souvent.
Et si l’envie vous prend d’aller plus loin après la dégustation, c’est le moment de noter deux ou trois noms de domaines sur votre téléphone. La plupart de ces vignerons reçoivent au caveau le reste de l’année. C’est à vingt minutes de route du centre-ville, sur les coteaux de la Combe de Savoie ou vers le lac du Bourget.
Un samedi soir, une trentaine de vins, des fanfares dans les ruelles : la formule est simple, et c’est pour ça qu’elle dure. Le vignoble savoyard n’a pas besoin de grands discours pour convaincre, juste d’un verre tendu au bon moment. La modération reste la meilleure amie de la dégustation.






