Le génépi dans le yaourt, la Chartreuse dans la chimichurri : Val Thorens revisite l’alpisme

Paul Savoyard

Le génépi dans le yaourt, la Chartreuse dans la chimichurri

Meat on the Beat : quand le brasero de Val Thorens flirte avec la Mondeuse

À 2 300 mètres, l’hiver tient -30°C. Les caisses de vin ne montent pas toutes seules. Le moindre mètre carré d’une station sert d’abord aux lits.

Et pourtant, quelque part entre les pistes et les braseros, une carte des vins change presque chaque jour. Je l’avoue, ça m’a surpris.

L’hôtel Marielle à Val Thorens a misé sur ce paradoxe. Pierre Patin, chef normand originaire de Pont-l’Évêque, a troqué l’Australie pour les Alpes et s’y est installé depuis plusieurs saisons. Il a choisi sur pied la majorité des viandes qu’il sert.

On les cuit sur des braseros, sur la terrasse du restaurant, pendant qu’un DJ joue son set. L’événement s’appelle Meat on the Beat. L’expérience vaut le détour.

L’accord du jour
  • Mondeuse rouge Phœnix La Renaissance 2018 × viande grillée au brasero
  • la Chartreuse verte dans la chimichurri
  • le Vert alpin au génépi avec sa Chartreuse en digestif

La chimichurri à la Chartreuse, ou comment déplacer les lignes

La sauce chimichurri ici ne ressemble à aucune autre. Pierre Patin la magnifie avec de la Chartreuse. Vous lisez bien : le liqueur de monastère dans une sauce argentine pour viande grillée.

C’est le genre d’accord qu’on n’ose pas ailleurs, parce qu’on craint le ridicule. Là, on l’ose. Le résultat divise, forcément.

Mais là où ça coince, c’est que la Chartreuse domine parfois le persil et l’ail, elle gagne en audace ce qu’elle perd en équilibre. Personnellement, je trouve ça plus intéressant qu’une chimichurri classique. D’autres non.

Le débat est le point.

La Chartreuse revient aussi dans les desserts. Mickaël Soulet, jeune Nantais qui dessine les sucrés, propose un Vert alpin : crème de yaourt au génépi, brunoise de granny smith, sorbet pomme, meringue, sauce à la menthe. L’accord prévu ?

Chartreuse encore. Le génépi dans le yaourt, la Chartreuse dans le chimichurri : on est loin de la fondue-vin-blanc des cartes postales. C’est précisément ce qui sauve cette table du cliché alpin.

Annabelle Messina et le casse-tête de la cave à -30°C

Annabelle Messina tient la cave du restaurant. Son problème n’est pas le choix, c’est la logistique. À -30°C, le stockage devient sport extrême.

Elle groupe ses commandes avec d’autres établissements pour rentabiliser les livraisons. C’est dire à quel point chaque bouteille compte. Vins de Savoie été 2026 : le guide des cépages et des accords.

La réponse courte
Quel vin si le Phœnix n’est plus là ? Les trois couleurs des Allobroges (domaine des Ardoisières) tiennent la carte. Le Persan Princens du domaine Saint-Germain pour un rouge plus charpenté.

Elle a quand même fait entrer une bouteille rare : Phœnix La Renaissance 2018, domaine Dupraz, mondeuse rouge. Trois mille bouteilles produites, cirées à la main. Ce n’est pas le vin qu’on commande par habitude à 2 300 mètres.

C’est celui qu’on commande quand on sait que certains clients remontent des pistes avec une soif de cépages oubliés. La Mondeuse, ce rouge de montagne qu’on a trop longtemps boudé, trouve ici une altitude qui lui ressemble.

Quels vins boire si vous n’attrapez pas le Phœnix ?

Les vins des Allobroges du domaine des Ardoisières tiennent les trois couleurs. C’est la solution recommandable quand la carte a tourné entre votre réservation et votre arrivée, ce qui arrive, puisqu’elle change presque chaque jour. Pour un rouge plus charpenté, le Persan Princens du domaine Saint-Germain monte en ligne.

Le Persan, cépage ancestral presque disparu, résiste mieux au réchauffement que d’autres. À Val Thorens, cette résilience prend un sens littéral.

Le vrai luxe alpin, c’est le choix

Le moindre mètre carré d’une station est destiné avant tout au logement. Les caves souffrent. Les livraisons coûtent.

Et malgré cela, une carte qui tourne quotidiennement, une mondeuse cirée à la main, un persan de cépage oublié. Le luxe n’est pas le brasero ni le DJ. C’est d’avoir à 2 300 mètres une cave qui bouge, qui tâtonne, qui assume des accords risqués.

3 000 bouteillesla production totale du Phœnix La Renaissance 2018, mondeuse cirée à la main

Vous repartirez peut-être de Val Thorens avec les cuisses en feu et les oreilles gelées. Essayez de repartir aussi avec le souvenir d’une chimichurri à la Chartreuse. Ou d’une mondeuse qu’on n’attendait pas là-haut.

La prochaine bouteille du Phœnix vieillit encore en cave, si Annabelle Messina réussit à la faire monter avant que le froid ne la rattrape.