600 mètres de chute au Cervin : le drame qui touche le 27e BCA d’Annecy

Paul Savoyard

600 mètres de chute au Cervin

600 mètres de chute sur les pentes du Cervin, et une vie arrêtée à 23 ans : le drame survenu le samedi 13 juin a frappé de plein fouet le bataillon alpin basé à Annecy. La mort de Mathis Duchon, première classe de la 3e compagnie, touche un régiment, une famille et des proches qui ont dû encaisser l’annonce d’un accident survenu hors service, lors d’une ascension privée.

Le bataillon a confirmé le décès et a précisé que le jeune homme ne se trouvait pas en service au moment des faits. C’est ce cadre-là qui compte d’abord. Un soldat formé, engagé dans son unité, mais emporté dans une pratique qu’il connaissait et qu’il exerçait régulièrement.

Une ascension privée, puis la découverte du corps par un guide italien

L’accident a eu lieu lors de l’ascension de ce sommet alpin situé sur la frontière italo-suisse, entre le canton du Valais et le Val d’Aoste. Communiquées par son régiment, le militaire a fait une chute d’environ 600 mètres.

Le corps a été découvert par un guide italien. Il s’agissait d’activités privées, et le jeune homme n’était pas en service au moment de l’accident.

Cette précision n’enlève rien à la violence du choc. Elle rappelle simplement la frontière nette entre la vie du régiment et une pratique personnelle de l’alpinisme. Même quand elle concerne un chasseur alpin.

Qui était Mathis Duchon dans ce parcours déjà dense ?

Né à Schiltigheim, dans le Bas-Rhin, le 7 juillet 2003, il avait rejoint l’unité d’Annecy en août 2023. À 23 ans, il portait déjà le grade de première classe au sein de la 3e compagnie.

Son parcours, même court, était déjà marqué par plusieurs déploiements. Il avait été envoyé à Strasbourg en 2024 dans le cadre de l’opération Sentinelle, puis de nouveau déployé cette annee-la à Sospel.

L’an dernier, il avait aussi servi en Estonie au sein de la Compagnie d’infanterie légère, dans le cadre du partenariat bilatéral entre la France et l’armée estonienne. À cet âge, cela dessine déjà un début de carrière rythmé par des missions concrètes. Et des responsabilités prises sur le terrain.

Une décoration qui éclaire son service

Le jeune soldat était décoré de la médaille de la Protection militaire du territoire, avec l’agrafe Sentinelle. Cette distinction ne résume pas une vie. Mais elle donne un repère net sur la réalité de son service.

Dans un article de deuil, ce type d’information compte plus qu’une formule appuyée. Il montre qu’il ne s’agissait pas d’un simple passage sous l’uniforme, mais d’un engagement déjà inscrit dans des missions identifiées.

L’alpinisme faisait partie de sa vie, et c’est aussi ce qui rend le drame si dur

Son régiment a indiqué qu’il pratiquait régulièrement l’alpinisme. Cette donnée change la lecture du drame : on parle d’une activité qu’il connaissait.

L’expérience ne protège pas de tout en montagne. Sur un sommet comme le Cervin, la moindre chute emporte tout. Et l’annonce d’un accident de cette ampleur résonne d’autant plus fort quand elle concerne quelqu’un habitué à cette pratique.

Il faut rester sobre sur ce point, car les faits fournis s’arrêtent là. Rien n’autorise à broder sur les causes ou sur les conditions précises de l’accident. Mais la montagne a frappé un homme qui la fréquentait.

Pas un amateur de passage.

Au bataillon d’Annecy, la réponse a été immédiate pour la famille et les proches

Après le décès, l’unité a indiqué qu’une cellule de crise avait été mise en place pour la famille et les amis du jeune militaire. Quand un régiment déclenche ce type de soutien, l’onde de choc dépasse largement le cercle du service courant.

Les amis de la 3e compagnie ont aussi lancé une cagnotte Leetchi pour aider la famille. Le lundi après-midi, elle avait déjà dépassé 9.300 euros.

Autour de lui, les proches ont voulu agir vite. Dans ce genre d’épreuve, la solidarité ne répare rien. Mais elle évite à la famille d’affronter seule les premières charges, les premières démarches et les premiers jours de sidération.

Pourquoi cette cagnotte marque autant

Une collecte n’est jamais anodine après un décès. Si elle grimpe aussi vite, c’est souvent le signe d’un attachement réel, presque instinctif, de la part des camarades et de l’entourage.

Ici, elle raconte aussi la place occupée par ce jeune chasseur alpin dans sa compagnie. Sans grands mots. Par un geste très simple : aider les siens tout de suite.

Ce drame reste celui d’un homme, pas seulement d’un uniforme

Dans ce type d’affaire, le risque est de ne plus voir qu’un grade, une unité, un accident en altitude. Ce serait une lecture trop sèche. Derrière ces éléments, il y a un homme né en 2003, engagé à Annecy depuis 2023.

Il était déjà passé par Strasbourg, Sospel et l’Estonie, et il est mort lors d’une passion qu’il pratiquait régulièrement.

La montagne a fauché un militaire du 27e bataillon. Elle a aussi brisé un début de vie adulte, un début de parcours sous l’uniforme et un équilibre de proches qui, depuis le 13 juin, avancent avec ce vide-là.

Le nom de ce jeune soldat restera lié à une chute de 600 mètres sur le Cervin. Mais pour ceux qui l’ont connu, il ne se réduira jamais à cette dernière ligne. Il restera un camarade de la 3e compagnie, un fils à aider, et un visage que la montagne a pris beaucoup trop tôt.