15 euros, quatre humoristes, un verre de vin : la soirée savoyarde qui mêle rire et cépage

Paul Savoyard

15 euros, quatre humoristes, un verre de vin : la soirée savoyarde qui mêle rire et cépage

À 19 heures précises, le musée de la vigne et du vin de Savoie ouvre ses portes. Pas pour une conférence sur la géologie des coteaux ni pour un cours de dégustation à la pipette. Pour un verre tiré par le vigneron lui-même, et pour quatre humoristes qui monteront sur scène à 20 h 30. Le tarif : 15 euros. Le concept : la route des vins de l’humour. La promesse : que le vin de Savoie puisse raconter autre chose que la carte des appellations.

Organisée par P & E Production en partenariat avec l’office de tourisme et des loisirs Cœur de Savoie, cette soirée de lancement s’inscrit dans une démarche plus large. Les Apéro’Vignes existent depuis plus de dix ans dans le secteur. On connaissait le format : dégustation commentée, échange technique avec le vigneron, parfois un accord fromage-vin. La route des vins de l’humour pousse le curseur plus loin. Le vin reste, le discours change.

Quand le vigneron partage son fût avec le micro de la scène

Les partenaires en disent long sur l’intention. Le musée de la vigne et du vin de Savoie, qui conserve la mémoire viticole du territoire, prête ses murs à une soirée où le patrimoine n’est pas contemplé mais vécu. Les domaines viticoles participants, eux, fournissent les cuvées de l’accueil. L’office de tourisme, par la voix de son directeur Jérôme Hugot, porte une ambition claire : transformer la fréquentation. Pas seulement attirer les amateurs de vin, mais capter un public qui n’entrerait pas spontanément dans une cave ou un musée viticole.

Louis Bonhoure, de P & E Production, a construit le programme sur cette équation. Quatre humoristes sur scène, un public qui a déjà bu un verre, une atmosphère décontractée qui précède le spectacle. Le vin de Savoie souffre parfois de son image : montagne, fromage fondu, saison hivernale, circuit court. La route des vins de l’humour tente de briser cette boucle.

15 euros, places limitées, et trois vendredis de suite

Le tarif de 15 euros par personne, dégustation et spectacle compris, fixe un point d’entrée bas. C’est aussi un signal économique. Dans un vignoble où la vente directe et la relation clientèle structurent le revenu du vigneron, cette soirée n’est pas du tourisme de masse. Les places sont limitées. La réservation est obligatoire sur www.tourisme.coeurdesavoie.fr/route-vins-humour. Le format exclut le passant, le skieur de passage, le consommateur de l’après-midi. Il cible le résident, le curieux de proximité, celui qui s’organise.

La suite du calendrier dessine un itinéraire précis. Le 12 juin au domaine de l’Idylle à Cruet. Le 19 juin à la maison Philippe Grisard, toujours à Cruet. Le 26 juin Aux fruits de la Treille à Myans. Trois rendez-vous, trois lieux, trois configurations de salle et de chai. Chaque soirée répète la structure, accueil à 19 heures, dégustation des vins de vignerons de Cœur de Savoie, spectacle à 20 h 30, mais change de décor.

Pourquoi l’humour, pourquoi maintenant

La question mérite d’être posée sans langue de bois. L’œnotourisme savoyard cherche une seconde saison. L’hiver, les stations de ski absorbent l’attention. La viticulture peine à y trouver sa place. Les caves ne se visitent pas seules. Le vigneron, souvent poly-actif, ne peut pas tenir à la fois les vendanges, la vente et l’accueil touristique structuré. La route des vins de l’humour externalise le spectacle. Elle confie la scène à des professionnels du rire, et garde pour le vigneron ce qu’il sait faire : servir son vin, raconter son coteau, établir le lien.

Le risque est mesuré. Quinze euros, c’est le prix d’une place de cinéma avec un verre en plus. L’investissement du public est faible, l’expérience potentiellement marquante. Si le format tient, il pourrait s’inscrire dans la durée, comme les Apéro’Vignes avant lui. S’il déçoit, le vignoble alpin aura tenté quelque chose d’autre que la dégustation classique. Dans un vignoble qui se construit réputation par réputation, sans marketing institutionnel massif, chaque initiative compte. Le rire, ici, n’est pas une distraction. C’est une stratégie de fréquentation, un pari sur le public de demain.