Œnotourisme en Savoie : le retard structurel et les leviers de rattrapage

Camille Rivière

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Un vignoble de qualité, une attractivité touristique en deçà de son potentiel

La Savoie vit une contradiction. D’un côté, ses vins connaissent un essor remarquable : les cépages autochtones comme la Jacquère, la Mondeuse et l’Altesse séduisent une clientèle de plus en plus large, les seize crus AOP gagnent en notoriété, et les médailles internationales se multiplient. De l’autre, le vignoble peine à transformer cette notoriété viticole en attractivité touristique. C’est le constat dressé lors de l’assemblée générale du Syndicat régional des vins de Savoie, le 10 avril 2026, et relayé par la presse régionale.

Cécile Terrien, de l’association parisienne Vins et…, a explicitement qualifié la Savoie de « région en retard » sur le segment de l’œnotourisme. Ce diagnostic, loin d’être isolé, s’inscrit dans une réalité observable : les touristes qui séjournent dans les Alpes pour le ski ou la randonnée ne prolongent que rarement leur visite par une exploration des vignobles locaux. Le lien entre patrimoine naturel et patrimoine viticole reste à tisser.

Les freins structurels du développement

Plusieurs facteurs expliquent ce décalage. Le premier est géographique. Le vignoble savoyard est morcelé en parcelles dispersées sur les coteaux du lac du Bourget, de la Combe de Savoie et des bords du Rhône. Cette fragmentation complique la création de circuits de visite linéaires et fluides, contrairement aux routes des vins alsaciennes ou bourguignonnes.

Le deuxième frein est infrastructurel. Les domaines savoyards, souvent de petite taille et à taille humaine, disposent rarement d’espaces d’accueil dédiés aux groupes. Les caveaux de dégustation existent, mais ils sont ponctuels et peu coordonnés entre eux. Un touriste en quête d’une expérience structurée peine à trouver un itinéraire clair, avec des horaires fiables et des réservations centralisées.

Le troisième frein est communicationnel. La Savoie est identifiée comme une destination montagne avant d’être perçue comme une destination vin. Les offices de tourisme mettent en avant le ski, la randonnée et les lacs, mais intègrent le vignoble comme un ajout secondaire. Cette hiérarchie des offres pénalise la visibilité des vins de Savoie auprès des séjournants.

Des initiatives locales qui avancent malgré tout

Malgré ces obstacles, des initiatives émergent. Le salon Jour Fruit à Chambéry, qui en est à sa septième édition, démontre qu’un public existe et qu’il est friand de découvertes viticoles. Avec plus de 80 acteurs bio réunis sur deux jours, l’événement attire chaque année des milliers de visiteurs, professionnels et amateurs.

Certains domaines ont également investi dans l’accueil. Le Caveau Bugiste, les caves ouvertes de Chautagne ou les portes ouvertes des crus d’Apremont et d’Abymes témoignent d’une prise de conscience progressive. Des acteurs comme le Domaine de Magord ou la Cave du Prieuré développent des expériences combinant dégustation, visites de vignes et repas champêtres.

Le label Vignobles & Découvertes, porté par la Fédération nationale, représente un levier structurel. Ce label, qui remplace l’ancien Fascinant Week-End, vise à fédérer les destinations viticoles autour d’animations communes. La Savoie pourrait capitaliser sur cette dynamique en regroupant ses offres dispersées sous une identité touristique unifiée.

Quels leviers pour rattraper le retard ?

La première piste consiste à créer une route des vins officielle, jalonnée de panneaux, de points d’information et de partenariats avec l’hôtellerie locale. Cette route pourrait relier les grands crus du Vin de SavoieApremont, Chignin, Arbin, Cruet, Jongieux — aux appellations périphériques comme Seyssel, Bugey et Roussette de Savoie.

La deuxième piste passe par la formation des acteurs touristiques. Les guides de montagne, les hôteliers et les restaurateurs devraient mieux connaître le vignoble local pour le recommander à leur clientèle. Des formations croisées entre le syndicat des vins et les offices de tourisme pourraient accélérer cette convergence.

Enfin, la digitalisation de l’offre est indispensable. Une application mobile recensant les domaines ouverts, les horaires de visite, les tarifs et les avis des visiteurs faciliterait l’organisation des séjours œnotouristiques. Les jeunes générations de viticulteurs, plus connectées, pourraient porter ce projet.

La Savoie possède tous les atouts pour devenir une destination œnotouristique majeure : des paysages spectaculaires, des vins d’identité forte et une gastronomie alpine reconnue. Il lui manque désormais la structuration pour transformer ce potentiel en expérience touristique aboutie.

Sources et vérification
— « Œnotourisme : la Savoie en retard », Le Dauphiné Libéré, 12 avril 2026
— « Vins de Savoie : un bilan positif pour l’année 2025 », Le Dauphiné Libéré, 12 avril 2026
— « Journées Vignobles & Découvertes », Fédération Nationale Vignobles et Découvertes, 2026
Date de vérification des données : 10 juin 2026.

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