Du raisin à ses propres cuvées, Camille Goudard trace sa voie en Saint-Joseph

Paul Savoyard

Du raisin à ses propres cuvées, Camille Goudard trace sa voie en

En 2023, la famille a choisi de vinifier elle-même le raisin de ses vignes. Ce passage aux cuvées maison donne un autre poids au travail mené à Tournon-sur-Rhône : guider la vigne, récolter, puis signer le vin qui en sort.

Camille Goudard reprend un domaine créé par ses parents, Isabelle et Patrick, qui y travaillent toujours. La transmission ne se résume pas à un nom sur une étiquette : elle passe par des gestes répétés dans les rangs et par le choix de ne plus livrer seulement du raisin à une cave coopérative.

Faire son vin après avoir vendu son raisin

Avant ce tournant, les parents produisaient du raisin, puis la cave coopérative réalisait le vin. Leur fille a voulu élaborer ses propres cuvées. Pour vous qui ouvrez une bouteille, la différence est concrète : le domaine suit maintenant le raisin jusqu’au vin.

Ce choix engage toute la famille. Il faut décider du moment où le raisin quitte la vigne, assumer le style des cuvées et porter leur nom. Un domaine n’obtient pas sa place par simple héritage ; il la construit bouteille après bouteille.

Pourquoi le passage aux cuvées maison pèse-t-il autant ?

Parce qu’il relie enfin le travail de la parcelle au vin servi à table. Le raisin n’est plus l’aboutissement du domaine, il devient le début d’un autre métier. Vous pouvez alors lire sur la bouteille la volonté de ceux qui ont conduit les vignes.

Cette voie n’a pas été choisie à l’aveugle. La jeune vigneronne s’est formée dans 5 ou 6 exploitations différentes avant que la famille saute le pas. Ce détour compte : il donne des repères avant de revenir travailler sur les terres familiales.

Sept hectares et demi à suivre d’avril à juillet

Le domaine couvre 7 hectares et demi. D’avril à juillet, elle arpente les vignes pour les guider. Ce temps-là ne se voit pas toujours dans le verre, mais il prépare la récolte bien avant que le raisin arrive au chai.

Le relevage, aussi appelé attachage, fait partie de ces travaux patients. Il consiste à attacher la vigne à l’échalas, et peut être réalisé jusqu’à trois fois par saison. Vous comprenez mieux pourquoi une vigne ne se conduit pas depuis un bureau : le rang réclame des passages et des décisions.

Ce geste ne promet pas un vin à lui seul. Il raconte plutôt une attention continue, du printemps au cœur de l’été. Dans un métier où l’on veut faire ses propres cuvées, cette régularité pèse plus qu’un grand discours.

Le bio passe par la charrue et le treuil

Le domaine est passé à l’agriculture bio. Le désherbage chimique a laissé place à l’arrachage à la charrue et au treuil. Le changement est très concret : l’herbe et le sol se travaillent autrement, avec un matériel et du temps au rang.

Après 3 ans de conversion, les premiers raisins bio doivent être récoltés cet été. Cette échéance donne un visage précis à la conversion. Vous n’avez pas ici un mot posé pour décorer une étiquette, mais un travail engagé sur plusieurs saisons.

Que signifie cette première récolte bio ?

Elle marque la fin d’un parcours de conversion et le début d’une nouvelle étape pour les cuvées du domaine. Elle ne dispense pas de continuer à observer la vigne, car le passage au bio ne remplace pas les gestes d’avril à juillet. Il leur demande même une présence régulière.

La charrue et le treuil donnent aussi une mesure simple de ce choix. On sort d’une solution chimique pour revenir à une intervention dans les rangs. Ce n’est pas un décor pastoral : c’est une autre façon de travailler les parcelles.

« On doit faire ses preuves, parce qu’on est une femme »

La reprise s’accompagne d’une parole sans détour : « dans le monde du vin, c’est sûr, on doit faire ses preuves, parce qu’on est une femme. » Cette phrase ne réclame aucun effet de manche. Elle place la barre là où elle est : dans la qualité du travail et dans la capacité à tenir ses choix.

La réponse prend déjà une forme nette : se former dans plusieurs exploitations, conduire les vignes familiales, passer au bio et produire ses cuvées. Vous pouvez y voir une trajectoire patiente, loin de l’idée qu’un nom de famille suffirait à ouvrir les portes.

« Goudard et fille », un nom qui annonce la suite

Le domaine familial s’appelle maintenant Goudard et fille. Le nom garde les parents dans l’histoire, sans cacher celle qui reprend la main. C’est une bonne manière de raconter une transmission : ni rupture forcée, ni continuité immobile.

Sur les coteaux de l’appellation, des blancs et des rouges naissent depuis le décret du 15 juin 1956. Partie de 6 communes autour de Tournon-sur-Rhône, elle en compte maintenant 26. Dans ce paysage déjà riche d’histoires familiales, ces cuvées auront à trouver leur ton, puis leur public.

Au moment de servir un Saint-Joseph, on peut donc regarder au-delà de l’étiquette. Ici, il y a sept hectares et demi, des attachages répétés, une conversion bio achevée et une famille qui a choisi de faire le vin jusqu’au bout. À table, dégusté avec mesure, ce parcours donne au verre une densité que les mots seuls ne remplacent pas.