À Apremont, l’incendie qui a laissé la Savoie viticole sans vitrine

Paul Savoyard

À Apremont, l’incendie qui a laissé la Savoie viticole sans vitrine

En 2017, l’incendie de la Maison de la vigne et du vin de Savoie, à Apremont, a détruit un bâtiment et privé la viticulture locale de sa façade la plus visible, celle où l’on recevait à la fois les viticulteurs, la presse et les touristes. La perte se lit encore dans cette formule restée attachée au drame : « Nous étions fiers de la Maison des vins de Savoie ».

À Apremont, ce lieu servait au quotidien et donnait un visage commun à une filière, avec un usage très concret, très quotidien, et donc très fragile quand tout s’arrête d’un coup.

En 2017, deux étages ont disparu, il ne restait que le sous-sol

L’incendie a ravagé les deux étages du bâtiment. Disponible, il ne restait que le sous-sol en béton. Au-dessus, le lieu de réception, de travail et de représentation a été effacé.

La violence de l’image venait aussi de l’architecture. La maison était décrite comme un ensemble de verre, de bois et d’un toit de cuivre, construit une dizaine d’années plus tôt. Ce n’était pas un vieux local administratif oublié.

C’était une adresse récente, pensée pour montrer quelque chose.

Et elle montrait bien plus qu’un siège. Quand un bâtiment de ce type brûle, vous perdez des murs et un endroit où la filière sait se présenter, accueillir, faire circuler les visiteurs et donner un cadre commun à son discours.

À quoi servait vraiment cette maison à Apremont ?

La Maison des vins de Savoie était décrite comme « un lieu culturel dont nous étions fiers ». Le mot culturel compte beaucoup. Il rappelle que ce site n’était pas réservé aux réunions internes, mais ouvert à une vie plus large du vignoble.

On y recevait les viticulteurs, bien sûr, mais aussi la presse et les touristes. Un caveau, un domaine ou une bouteille racontent un style ; une maison commune raconte une région entière.

C’est pour cela que le mot vitrine n’a rien d’exagéré ici. Dans un vignoble souvent lu à travers ses crus, ses cépages ou ses tables, cette adresse permettait de rassembler les regards. On venait y parler de la production, mais aussi de l’image donnée au dehors.

C’est rarement anodin.

Quand le siège du syndicat brûle, la perte dépasse le symbole

Le bâtiment servait de siège au syndicat régional. Il servait aussi de siège au comité interprofessionnel des vins de Savoie. Autrement dit, ce qui a brûlé à Apremont, c’était aussi un centre de décision, de coordination et d’organisation.

Michel Quenard, cité dans l’interview et présenté comme lié au syndicat régional des vins de Savoie, apparaît dans ce moment comme une voix de la filière. Ce détail compte, car le syndicat n’est pas un décor administratif : il est listé comme organisme de défense et de gestion. Vous êtes donc au cœur de la structure qui porte et défend les appellations.

Le même ensemble est associé à la Maison de la Vigne et du Vin, Apremont. Quand le lieu tombe, vous déstabilisez une adresse qui concentrait accueil, représentation et organisation.

On le voit jusque dans un point très terre à terre : le service de distribution des capsules fiscales (CRD) a pu être maintenu. C’est presque la phrase la plus parlante de l’affaire. Le travail devait continuer, même après la destruction.

La filière a donc gardé une fonction utile, mais elle avait perdu sa maison.

Le bâtiment brûlé parlait aussi des appellations qu’il abritait

Il ne faut pas détacher ce lieu de ce qu’il représentait dans le vignoble. Le syndicat régional des vins de Savoie, installé là, porte un rôle d’ODG. Vous êtes dans une maison qui touche à la défense des appellations et à leur cadre collectif.

Dans les listes de l’INAO, Roussette de Savoie figure comme [AOP AOC]. Roussette de Savoie Frangy y figure aussi comme [AOP AOC]. Ces rappels ont leur place ici, car ils montrent qu’Apremont abritait aussi le croisement de l’accueil du public et de la mécanique institutionnelle du vin.

Vous pouvez aimer un cru pour sa fraîcheur ou sa tenue à table. Mais derrière la bouteille, il y a aussi des structures, des dossiers, des arbitrages et une adresse où tout cela se rassemble. L’incendie a brutalement rendu cette charpente visible.

La reconstruction ne relevait pas d’un simple chantier

Une reconstruction est bien évoquée. Sur le papier, la suite semble simple : on rebâtit, on rouvre, on repart. En pratique, l’affaire était plus lourde.

La maison appartenait à la commune dans un montage public-privé. La reconstruction supposait un important travail juridique et un débat local. Vous quittez alors le terrain de l’émotion immédiate pour entrer dans celui, plus lent, des responsabilités, de la propriété et des choix collectifs.

C’est souvent là que se joue l’après-incendie. Pas dans les déclarations, mais dans les dossiers. Un lieu culturel, un siège de filière et un bâtiment communal ne se relèvent pas avec la même facilité qu’un local isolé.

Ici, tout était imbriqué.

Pourquoi cette perte dépasse encore le seul souvenir d’Apremont

Ce qui s’est passé en 2017 reste plus large qu’un sinistre local. La Maison des vins de Savoie réunissait dans un même espace l’accueil du public, la parole professionnelle et l’assise institutionnelle. Vous retirez cela d’un coup, et le vignoble perd une partie de sa lisibilité.

Le plus frappant est peut-être là : le service utile a tenu avec les CRD, mais la vitrine, elle, a disparu. On peut continuer à faire tourner une filière sans son bâtiment. On la raconte beaucoup moins bien.

À Apremont, le feu a donc fait deux dégâts en un seul geste. Il a détruit des étages, du verre, du bois, un toit de cuivre. Mais il a aussi brûlé un point de ralliement, celui où le vin se montrait, s’expliquait et recevait.

Pour un vignoble, perdre sa cave n’est pas rien. Perdre sa maison commune l’est encore moins.